04 Janvier 2021

Le micro crédit sous pression, mais résilient

Avec le choc socioéconomique de la pandémie, l’année 2020 a été celle de tous les dangers pour les nouveaux entrepreneurs, et a amené de nombreux défis aux organismes qui leur offrent des services d’accompagnement en matière de financement et de gestion d’affaires.

 

Le réseau MicroEntreprendre en est un exemple. Il regroupe 17 organismes régionaux de microcrédit aux nouveaux entrepreneurs – accordant des prêts de moins de 20 000 $ bonifiés de services-conseils en entrepreneuriat auprès de professionnels de la région.

Encore méconnu, ce réseau MicroEntreprendre constitue pourtant le premier maillon de la chaîne des organismes de soutien et d’aide aux nouveaux entrepreneurs au Québec.

Ce réseau a gagné en pertinence en cette année de brutale récession de pandémie. Il compte désormais sur un « fonds national » de microcrédit entrepreneurial avec une dotation initiale de quatre millions de dollars provenant du ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec.

En entrevue avec La Presse, le directeur général du réseau MicroEntreprendre, Ahmed Benbouzid, indique qu’en période de « stress financier » parmi les 17 organismes régionaux de microcrédit d’affaires, ce fonds national a permis de consolider les efforts de « partage de risque » parmi ces organismes et leurs partenaires d’affaires en région.

Quel stress financier ? M. Benbouzid explique que bon an mal an, les organismes membres du réseau MicroEntreprendre gèrent environ 250 dossiers de microprêts d’un montant moyen de 7000 $ auprès de nouveaux entrepreneurs dans leur région respective.

Il ajoute qu’en conjoncture économique normale, le taux de remboursement de ces microprêts voisine les 90 %.

Or, malgré le choc économique de la pandémie, les plus récents relevés parmi les organismes régionaux de microcrédit suggèrent un taux de remboursement aux environs de 75 à 80 %.

« Ce n’est pas rendu à un niveau pouvant nuire à nos capacités de microcrédit et d’aide aux entrepreneurs », rassure le DG de MicroEntreprendre.

« N’empêche, cette situation témoigne de la pression sur les organismes de microcrédit en cette période de très fortes turbulences, alors qu’ils doivent être encore plus présents auprès des nouveaux entrepreneurs qui sont encore fragiles, financièrement, et confrontés à des obstacles et défis additionnels. »

« Le plus important pour nous, c’est que ces nouveaux entrepreneurs puissent d’abord passer à travers, tout en ajustant leur plan d’affaires afin de mieux rebondir ensuite en sortie de crise de pandémie », indique M. Benbouzid.

« Aussi, nous voulons les assister pour identifier les opportunités qui pourraient se présenter durant cette crise, comme la croissance du commerce en ligne et, du coup, le potentiel d’expansion accélérée de leur marché cible. »

Malgré ce contexte plus « compliqué », le réseau MicroEntreprendre garde le cap sur son objectif de couvrir toutes les régions du Québec d’ici le printemps 2022, soit dans une quinzaine de mois.

À terme, ça signifie un réseau augmenté de 17 à 20 organismes régionaux de microcrédit, en comptant les trois régions – Laurentides, Québec–Charlevoix et Rimouski–Bas-Saint-Laurent – qui possèdent déjà deux organismes.

« Après les régions du Centre- du-Québec en 2018, de la Côte-Nord en 2019 et de Lanaudière en 2020, nous prévoyons établir des organismes de microcrédit en Abitibi-Témiscamingue et dans le Nord-du-Québec d’ici la fin de 2021 ou le début de 2022. »

— Ahmed Benbouzid, DG de MicroEntreprendre

Entre-temps, on entend accentuer les efforts de sollicitation d’intérêt et de contribution financière au « fonds national de microcrédit » auprès d’investisseurs et de fondations du secteur privé qui s’intéressent à la philanthropie entrepreneuriale.

« Avec ce type de contributions, nous croyons possible de doubler la valeur de notre fonds national d’ici trois ou quatre ans », laisse entendre Ahmed Benbouzid.

GARDER LE CAP MALGRÉ LA CRISE

De passe-temps artisanal à PME dynamique

Transformer un passe-temps artisanal en projet entrepreneurial à succès, tout en opérant un important virage dans son travail principal ? C’est le parcours deValérie Chartrand depuis le lancement, il y a deux ans, de son entreprise personnelle, Créations Écoval, avec l’appui d’un microprêt consenti par le Fonds d’emprunt du Cœur et des Hautes-Laurentides. Créations Écoval effectue la confection d’articles d’hygiène à domicile et d’emballages alimentaires réutilisables à partir de tissus et matériaux d’origine écologique et durable. Malgré la pandémie, Créations Écoval s’est avérée assez bien en selle avec son réseau de 40 points de vente en commerce et ses ventes en ligne sur son site internet pour affronter le choc économique de la pandémie.

L’entreposage à court terme

C’est lors d’une escale de voyage à Toronto, alors qu’ils cherchaient en vain un lieu d’entreposage sécurisé pour leurs bagages en attendant l’heure d’entrée dans leur logis réservé sur Airbnb, que Jean-Luc Martineau et Ashley Belleau-Dame, des résidants d’Ottawa-Gatineau, ont développé l’idée d’un service de réservation d’espace d’entreposage à court terme qui émulerait la formule développée par Airbnb. Deux ans plus tard, leur entreprise Bagsort est rendue à une centaine de sites d’entreposage à court terme de bagages répartis dans les quartiers centraux des cinq plus grandes villes de tourisme au Canada (Montréal, Québec, Toronto, Ottawa, Vancouver) ainsi que Boston et Los Angeles aux États-Unis. Ces sites sont situés dans l’arrière-boutique de commerces établis dans ces quartiers centraux, que Bagsort a sélectionnés et homologués pour inscription sur son site internet de réservations. Évidemment, crise de pandémie oblige, le niveau d’activités de Bagsort est au ralenti ces mois-ci. Mais pas les ambitions de ses deux dirigeants-entrepreneurs, grâce notamment à l’appui financier et d’affaires de la société régionale MicroEntreprendre Outaouais.

De la tradition à l’entreprise dans le cacao

Depuis leur immigration de Côte d’Ivoire à Montréal, il y a une quinzaine d’années, les conjoints Ouehi Gogbeu et Lydie Kouadio ont cultivé leur intérêt pour le commerce des produits du cacao, où ils avaient travaillé dans leur pays d’origine. Au point d’en faire leur principal passe-temps artisanal, en marge de leurs emplois à temps plein de préposé aux bénéficiaires en milieu hospitalier et d’employée d’administration-comptable en milieu scolaire. Au fil des ans, la demande grandissante pour leurs produits chocolatiers de confection maison avec des ingrédients obtenus en commerce équitable auprès de producteurs cacaotiers en Côte d’Ivoire a motivé le développement d’un projet entrepreneurial. Baptisé Ivoire Cabosse Cacao, ce projet a donné lieu au lancement de la marque de commerce Amango Cacao. Puis, avec un coup de pouce financier et d’affaires de l’organisme MicroCrédit Montréal, Ivoire Cabosse Cacao a pu emménager dans sa propre boutique-atelier rue Masson, dans le quartier Rosemont à Montréal.

 

Texte de Martin Vallières, La Presse

Photo de François Roy, La Presse

Photo de Ahmed Benbouzid, directeur général du réseau MicroEntreprendre